Aux origines de la modernité ivoirienne : Michèle Boni Yapi, l’étoile scientifique d’Air Afrique

L’histoire des pionnières africaines s’écrit souvent dans l’ombre, loin des projecteurs. Celle de Michèle Boni Yapi (1965-2025) s’est dessinée au cœur des hangars techniques et des cockpits, là où l’ingénierie mécanique rencontre la rigueur du ciel. Retour sur le parcours exceptionnel de la première femme électronicienne d’avion de Côte d’Ivoire, une figure patrimoniale de l’excellence ouest-africaine.

En 1985, alors que l’industrie aéronautique se conjugue presque exclusivement au masculin, une jeune Ivoirienne de 20 ans s’apprête à bousculer les conventions. Brillante diplômée du Lycée Sainte-Marie d’Abidjan (Bac C) en 1983, Michèle Boni poursuit son cursus à l’Université d’Abidjan avant de réussir le concours d’entrée au Centre de Formation Professionnelle d’Air Afrique à Dakar. Elle y entame un cursus de deux ans d’une intensité rare pour maîtriser la mécanique de pointe et l’électronique de bord.

En 1987, elle décroche son diplôme de Technicien d’Entretien d’Aéronef, Spécialité Électronique avion (promotion FEA3). Ce sésame fait d’elle la première femme de Côte d’Ivoire à détenir une telle qualification. Sa mission ? Assurer l’intégrité des systèmes électroniques, contrôler et réparer les instruments de bord complexes de la flotte. Des ateliers du Centre de Révision Accessoires d’Abidjan (CERA) de 1987 à 1991 aux postes de supervision administrative et de gestion du patrimoine de la compagnie jusqu’en 1999, elle passera douze ans au service de la souveraineté aérienne du continent.

Mais limiter Michèle Boni Yapi à sa seule expertise technique aéronautique serait omettre sa nature profondément polyvalente. Toujours avide de savoir, elle élargit ses horizons en devenant analyste-programmeur d’application, formée à l’INSET d’Abidjan de 1988 à 1990. Sa quête de compétences la mènera plus tard à se perfectionner en création d’entreprise et en sûreté de l’aviation civile auprès de l’ANAC. À partir de janvier 2013, elle mettra cette immense rigueur au service de l’État en tant que responsable administrative et technique au LANEMA (Laboratoire National d’Essais de Qualité de Métrologie et d’Analyses), où elle veillera à la gestion des documents techniques et au suivi de la métrologie aéronautique.

Matriarche d’une famille d’excellence, elle a érigé la rigueur et la transmission en principes fondamentaux. Ses quatre enfants — Cédrick Edward Yapi, Marie-Dominique Yapi, Marielle Yapi et Guy-Emmanuel Yapi — portent aujourd’hui ce flambeau avec fierté et perpétuent son héritage souverain et culturel à travers les actions de la Fondation Tano Kora (FTK). Si elle a pris son dernier envol le lundi 24 février 2025, son histoire appartient désormais au patrimoine scientifique de la Côte d’Ivoire, rappelant à chaque jeune fille que les frontières du ciel n’existent pas.

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